Les maires en Estonie

Les maires du pays des énergies de la terre effectuent chaque année un voyage d’études en relation avec l’actualité. Après le tourisme de mémoire à Verdun en 2014, la réforme territoriale en Bavière en 2015, la géothermie en Islande en 2017 et le statut particulier de la collectivité de Corse en 2018, les élus ont décidé, cette année, au moment où la fibre va irriguer l’ensemble de notre territoire, de se rendre en Estonie, le pays réputé être le plus numérisé au monde. Le voyage d’études a eu lieu du 25 au 29 septembre.

Les maires du Pays des énergies de la terre ont découvert un petit pays d’Europe de l’Est résolument francophile et tourné vers l’avenir.

L’Estonie, pays balte de la taille de la Suisse, ne compte que 1,3 million d’habitants.

Elle n’a acquis que récemment, en 1991, son indépendance. Par le passé, l’Estonie a connu la domination de seigneurs étrangers durant des siècles, et le joug des dictatures, nazie puis soviétique, sauf durant une courte période, de 1920 à 1939. Un tiers de la population a connu la déportation aux temps soviétiques. Le souvenir en demeure encore vif.

On peut dire que l’Estonie actuelle est née en même temps qu’Internet...

...et qu’elle s’est structurée avec Internet, pratiquant l’e-gouvernance, l’e-économie et l’e- vie quotidienne. C’est le pays sans aucun formulaire papier. 

Tallinn, la capitale, regroupe un tiers de la population estonienne. Riche de son passé de port hanséatique, cette ville permet un voyage architectural à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui et mêle les geeks à la pointe du numérique aux vendeuses de fleurs à la sauvette.

Les maires ont découvert un pays confiant dans les techniques du numérique.

Tous les résidents légaux possèdent une identité numérique qui leur donne accès à tous les services possibles. La carte d’identification, avec puce intégrée, peut être reliée à n’importe quel ordinateur par un accessoire USB. Le smartphone remplace souvent cette carte. Le code personnel, lié à un mot de passe individuel permet d’effectuer toutes les démarches. Un processus numérique original, la X-road, interconnecte l’ensemble des services et administrations en limitant l’accès aux données personnelles strictement nécessaire. Garde-fou supplémentaire : une totale transparence qui permet à chaque citoyen, à tout moment, de voir qui a accédé à ses données personnelles.

Au final seul se marier, divorcer ou effectuer un achat immobilier nécessitent une présence physique.

Ainsi, les transports publics sont connectés et gratuits à Tallinn pour les habitants de la capitale. Un simple contact Bluetooth leur permet de voyager en bus, tram ou train. Tout citoyen peut voter sans sortir de chez lui et n’a accès qu’aux scrutins qui le concernent. Les participations citoyennes sont fréquentes et fortes. Les résidents sont aussi en lien direct avec les services municipaux ou étatiques par la X-road. C’est encore l’e-identité qui remplace notre carte vitale et le dossier médical partagé.

Les maires ont pu approcher ces réalités en deux temps.

D’abord dans les locaux d’e-Estonia, une structure spécialement créée par l’Estonie pour partager avec les différentes délégations étrangères l’expérience accumulée depuis près de vingt ans dans la numérisation des services. Ensuite à la mairie de Tallinn où, accueillis par le maire-adjoint chargé du domaine, ils ont eu la démonstration d’une application informatique permettant de mieux impliquer les citoyens dans les projets de la municipalité.

Si les élus ont certainement glané quelques idées fortes pour le futur, l’absence des deux leviers d’intégration que sont la carte numérique unique et l’X-road limite forcément les marges de manœuvre à court terme. L’accord signé par Paris et Tallinn, en mars 2018, visant à échanger les bonnes pratiques en matière d’e-gouvernement ne sera certainement pas de trop en la matière.


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